Henri IV by Babelon

Henri IV by Babelon

Author:Babelon
Format: epub
Publisher: Fayard


L'EXPÉDIENT

Le roi et Mayenne sont donc aussi peu assurés l'un que l'autre de leurs partisans lorsque s'engagent entre eux de nouveaux pourparlers, en mars-avril. L'initiative en revient, non pas à Mayenne lui-même, mais à certains sages de son entourage qui redoutent l'emprise grandissante de l'Espagne sur leur maître, et notamment du président Jeannin, son conseiller politique le plus avisé. Encouragé par son ami Jeannin, Villeroy a donc repris contact avec Mornay pour soumettre ensuite un mémoire à la réflexion du duc de Mayenne. Par souci d'efficacité, il a laissé de côté les revendications touchant la conversion du roi, et insisté sur les réclamations intéressant le gouvernement et la convocation régulière des États généraux. Le gros duc tarde à répondre, et finalement le relevé d'exigences qu'il lui retourne, en conclusion de ses réflexions, dépasse toutes les craintes que l'on pouvait avoir. C'est un véritable démantèlement du royaume qu'il pose comme condition à son ralliement. Mayenne se souvient des dernières propositions de Henri III, qu'il a eu bien tort de refuser. Il réclame le gouvernement de treize provinces pour lui-même, les princes de sa famille et les principaux seigneurs de la Ligue, et irait même jusqu'à en exiger la jouissance héréditaire. Les dix autres gouvernements seraient évidemment dévolus aux grands seigneurs catholiques et aux princes du sang de l'entourage du roi. Pour lui-même, il veut encore la lieutenance générale du royaume et l'épée de connétable, ainsi qu'une pension de 300 000 livres, et pour ses amis le payement de leurs dettes, et des pensions et des bâtons de maréchaux. En ce qui concerne les huguenots, on ne saurait être plus catégorique : ils ne seraient tolérés qu'en vertu d'un édit temporaire renouvelable, et se verraient exclus de tous emplois, offices et dignités du royaume. Une sorte de vertige féodal semble avoir saisi l'esprit du Lorrain. Le mot de la fin revient à Mme de Mornay : « Il n'y avait désormais rien en France de moins roi que le roi. »

L'insolent mémoire est présenté par Mornay, consterné, au Conseil du 16 juin 1592, à Gisors. C'est un tollé. Et pourtant il faut le prendre en compte pour amorcer la négociation. Le roi sait, au demeurant, que la position de son adversaire ne cesse de s'affaiblir et que ces exigences monstrueuses cachent un profond désarroi. Mayenne ne représente plus qu'une Ligue aristocratique coupée de sa base, et qui cherche à se survivre par la seule tradition des grandes rebellions du siècle précédent dont elle semble avoir la nostalgie. Faire durer et se vendre au plus cher. A Paris, toute une fraction de l'opinion se détache aussi des extrémistes pour adhérer aux thèses des « Politiques » naguère bien isolés. Le dégel a commencé. 10 000 Parisiens en quelques semaines changent de camp, à en croire Pierre de L'Estoile. Le Parlement tout entier, la haute bourgeoisie, une bonne part de la population modeste aussi, qui a souffert du blocus, sont pour la prompte négociation et pour la paix. Les modérés ont commencé à se réunir en janvier, chez l'ancien prévôt de marchands Claude d'Aubray, solide royaliste.



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